« La tristesse est réactionnaire et entrave les possibilités immédiates d’émancipation. »

Miguel BENASAYAG – « Les nouveaux militants »

 

«On se sent impuissant, car séparé de soi-même, évoluant dans la vie sans corps, sans attaches, sans territoire (...) La territorialisation est la façon de récupérer les liens qui nous composent, de sortir du modèle réactionnaire de l’homme «ressource humaine», sans racines ni affinités, sans appartenances ni désirs.»

Miguel BENASAYAG - Angélique DEL REY «De l’engagement dans une époque obscure»

Bertand Burnacle avait un rêve :

  • le rêve que la culture pouvait être un outil d’émancipation sociale

  • le rêve que l’art et la création pouvaient être vecteurs de partage, de lien social, de synergie, de prise de parole et d’action citoyenne dans l’espace public

  • le rêve de créer des événements fédérateurs, festifs et populaires, capables de cristalliser toutes les utopies d’une population

 

Alors, il a voyagé, participé à de nombreux événements majeurs à travers le monde, expérimenté de nombreuses formes participatives jusqu’à comprendre que le carnaval était la meilleure forme possible car ses principes de base (retournement des normes sociales, anonymat masqué, etc.) permettaient une prise de parole libre et festive. Qui plus est, il permettait de développer une mythologie et un folklore locaux basés sur des réalités concrètes du territoire. Cette mythologie et ce folklore permettait de cristalliser les préoccupations d’une population à un moment donné et pouvaient évoluer dans le temps en même temps que celles-ci.

 

Il a créa plusieurs carnavals utopistes à travers le monde (au Brésil, au Maroc, en Europe de l’Est, entre autre).

 

En 2015, à plus de 70 ans, il décide de rentrer et de mettre en place un ultime Carnaval Utopiste chez lui, dans son village natal.

Alors que tous les préparatifs sont lancés, Bertrand décède, laissant son œuvre inachevée.

Son testament dévoile l’existence de 3 fils, Pablo, Farid & Bogdan) nés en divers point du monde (Brésil, Maroc, Europe de l’Est), là où il a séjourné pour créer des carnavals. Ces fils ont grandi en France sans jamais savoir qui était leur père et sans même soupçonner l’existence des autres frères, évidemment.

Toujours est-il ces 3 hommes se sont retrouvés réunis dans le cabinet du notaire, occasion à travers laquelle ils découvrirent donc leur héritage

Bertrand leur légua un livre, une sorte de manuel, un guide pour l’organisation de carnavals et la tâche de poursuivre son œuvre, sa mission

Mais nos 3 pieds nickelés sont à des années lumière de cet univers et cela fait beaucoup à avaler d’un coup.

Cependant leurs situations réciproques étant pour le moins précaires, cette opportunité semble être une bonne occasion de redresser la barre. Ils créent donc leur petite société pour poursuivre le travail de leur père.

Empêtré dans ce manuel dont ils ne saisissent pas bien toute la philosophie, ils tentent de faire pour le mieux, avec l’aide des habitants du territoire…

 

C'est à partir de cette histoire que nous allons à la rencontre des habitants, que nous les invitons à s'impliquer dans l'organisation de cet événement puis à le prendre entièrement en main, à se l'accaparer.

Le Carnaval Utopiste devient un projet auto-géré des participants et notre participation devient à terme accessoire...

Le projet se décline en deux phases :

- Le carnaval proprement dit, comme point d'orgue d'une longue aventure humaine

- La campagne électorale pour l'élection du roi ou de la reine du carnaval, vaste action de théâtre de rue burlesque (et néanmoins revendicative) au long cours, s'immiscant dans la vie quotidienne des terrioires sur lesquels nous travaillerons.

Avec ce projet, la compagnie souhaite approfondir encore plus sa démarche d'implication des publics tout en poursuivant son travail d'investissement théâtralisé de l'espace public. S'inspirant des mouvements d'éducation populaire, il s'agit, avec le « Carnaval utopiste », d'aller au-delà de la simple participation et de tendre à l'appropriation même du projet culturel par leshabitant-es.

 

 

D’une certaine manière, le Carnaval Utopiste est la suite logique de notre précédent projet, « Nous pourrions être des Héros ». Ce spectacle de rue interrogeait l’espace public comme lieu de prise de parole (agora) et défendait corps et âme notre droità revendiquer nos rêves et nos révoltes d’enfance, revendications qui se matérialisaient sous la forme d’apparitions costumées (super-héros, stars du rock, grands sportifs, etc.). Le spectacle s’achevait dans un grand élan tribal, maquillé et collectif…Autant de thématiques de fond ou de concepts esthétiques qui se retrouvent dans ce nouveau projet. Avec « Nous pourrions être des Héros », nous avons créé une fiction autour de ces possibilités, fiction que nous avons souhaité partager avec des groupes d’habitants invités à participer au spectacle. Aujourd’hui, avec le Carnaval Utopiste, nous passons à une phase de réalisation active, concrète et autonome de ces possibles.

CARNAVAL…
Le carnaval est un événement fortement ancré dans notre culture, une vieille tradition que nous nous plaisons à vivre chaque année. Mais qu’est-ce que le carnaval, au juste ? Ca se passe vers le mois de février/mars, on se déguise, on défile dans les rues. Mais encore ?
Historiquement, le carnaval n’est pas une fête, mais un rituel, un moment important de la vie de la cité pour célébrer le retour du printemps, le renouveau de la nature, le passage de la mort à la vie. A cette fin, durant une courte période, les rôles sont renversés, les hiérarchies sociales inversées : durant les saturnales romaines (ancêtre du carnaval) le maître sert ses esclaves à table, puis, au cours du Moyen-Age, on élit roi un pauvre d’esprit, les hommes s’habillent en femmes (comme encore aujourd’hui à Dunkerque, par exemple), les enfants s’octroient des droits d’adultes...
En rejetant les contraintes du quotidien, les participants, sous couvert de l’anonymat masqué et déguisé, s’offrent le luxe de ne plus respecter les normes, de goûter à une totale liberté. Durant ce court espace-temps, tout devient possible, l’utopie est reine.


... UTOPISTE
Mais qu’est-ce qu’on entend exactement par « utopie » ?
Si l’on tient prosaïquement au dictionnaire Larousse, ce terme se définit comme « une construction imaginaire et rigoureuse d'une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ». Mais on y trouve aussi « projet dont la réalisation est impossible » et c’est là qu’est le cheval de bataille de la plupart des « ouvriers de l’utopie » : imaginaire n’est en aucun cas synonyme d’impossible. Quelles sont les passerelles entre ce que nous pouvons fantasmer d’un monde idéal et la réalité concrète d’un territoire, ramené à l’échelle d’un quartier, d’un village ou d’une communauté ?
Si l’on s’en réfère aux origines grecques du mot (utopia), ce terme signifie littéralement « lieu qui n’existe nulle part »
… Et bien voilà qui nous semble une belle base de travail :

 

 

Comment faire exister un lieu qui n’existe nulle part ?

 

 

 

 

Le premier carnaval utopiste est mis en place dans l'Arleusis

 

En partenariat avec le S.I.R.A. (Syndicat Intercommunal de la Région d'Arleux)

 

Avec le soutien du Conseil Général du Nord

 

 

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